Il a fallu franchir la porte automatique pour me retrouver sous la lumière froide de cet univers aseptisé. En poussant le caddie, je déambule le long des rayons qui nen finissent pas; indolent, presque inconscient, je regarde avec dégoût ce qui auparavant me faisait envie. Ces étagères pleines à ras bord, toutes ces boites de conserves ces bouteilles, toute cette nourriture habillée de plastique et de carton. Elle attend là, sur le présentoir, dans le seul but dêtre consommé. Il y en a des centaines, des milliers, on y trouve de tout. Rien est unique, chaque chose a de multiples semblables. Ce nest même plus une chose mais un produit reproduit a linfini, un produit de consommation. Mais il faut faire son choix, pour nous laisser un semblant de liberté. Avaler ingurgiter absorber, encore encore et encore, pour rien, pour vivre ou pour survivre. Cest une grosse machine, une usine, et nous les mangeurs à la chaînes, les robots jamais rassasiés, les junkies dun rite qui se repètera jusquà la Fin. Il faudra encore remplir les rayons , encore consommer, pour de la merde. Mais cest comme ça
tout est périssable. Laliment qui est avalé, digéré puis évacué, cest un peu le nouveau né, lÊtre, et le mort qui disparaît. Cest du carburant pour la Vie. Chaque vie mise bout à bout donne un long fil probablement infini appelé la Vie. Je pourrais être lune de ces conserves sur létagère, que la Vie tout en poussant son caddie déciderait de choisir afin de consommer. La Vie se nourrit de nous, comme nous nous nourrissons pour vivre. Je consomme en payant et je suis consommé gratuitement. Quelle ironie du sort!
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